Thunder du Blin
Interview d'Elisabeth de Linarès par la PIM
Bonjour,
Merci de vous prêter si gentiment au jeu de l'interview. La carrière du petit étalon Connemara THUNDER DU BLIN en saut d'obstacles poneys, puis au haras, a été une vraie réussite, réussite à laquelle vous êtes étroitement liée. Nous espérons qu'à travers ces quelques questions nous serons éclairés sur les coulisses d'un tel succès, bien mérité, pour ce joli gris.
PIM : Tout d'abord pouvez-vous nous raconter comment vous avez rencontré THUNDER ?
Elisabeth de Linares : Nous avons décidé, en 1989, de chercher un jeune poney pour en faire un performer de haut niveau et un reproducteur. Nous sommes allé voir plus d'une vingtaine de poneys, à partir du printemps. Une sélection difficile : le plus souvent, les poneys n'étaient pas manipulés, voire inapprochables à 3 ou 4 ans, non débourrés ; la présentation en liberté sur les barres n'étaient pas dans les moeurs... Six mois plus tard, nous n'avions toujours rien trouvé de convaincant. Une personne nous a alors informés de l'acquisition d'un lot de poneys par le centre équestre de la Pommeraie, sans pouvoir nous dire si aucun correspondait au profil que nous recherchions, entier, taille D, 3 ou 4 ans, si possible pré débourré. Visite à la Pommeraie en décembre, essai de THUNDER (entier, 4 ans, débourré), achat en janvier 90.
PIM : En savez-vous d'avantage sur l'histoire de sa conception (choix d'un étalon pour sa mère, but du croisement) ?
EL : Le père de THUNDER, KING CUP RC (Né chez René Chagneaud qui fut président de l'AFPC) était l'étalon de l'élevage " du Blin ", élevage de Mr et Mme Madoré. THUNDER a été vendu dans un lot avec d'autres poneys lorsque Mr et Mme Madoré ont divorcé. Mme Madoré, plus connue sous le nom de Clémenceau aujourd'hui, a poursuivi l'élevage de son coté d'abord sous l'affixe du Sault, puis sous l'affixe du Blin qu'elle a repris, d'où IMPERIAL DU BLIN. Monsieur Madoré m'a confié plus tard, lorsque THUNDER a été approuvé en septembre 1990, avoir toujours eu un faible pour lui, trouvant qu'il sortait du lot lorsqu'il était poulain.
KING CUP RC a assez peu produit car il est mort prématurément du charbon.
En fait, l'histoire de la conception de THUNDER est toute simple. Il y a une vingtaine d'années, la notion d'étalon performer n'existait pas en poneys, ni l'objectif de produire pour le sport de façon délibérée. La plupart des gros éleveurs (c'est-à-dire ceux qui avaient plusieurs poulinières) possédaient un étalon qui vivait en liberté au milieu d'un harem de juments. C'était donc le cas chez les Madoré.
PIM : Parlez nous de lui, de sa personnalité...
EL : Très sport par rapport au concept étalon de l'époque, surtout pour un Connemara, THUNDER est doté d'un caractère très courageux, endurant, débordant d'énergie et extrêmement volontaire. Du sang, tonique, naturellement en avant, il adorait sauter. Il possédait nombre des qualités que l'on recherche chez un compétiteur ; tempérament guerrier, bon passage de dos et bonne technique, moyens, respect, galop ample et rond... Il manquait, toutefois, un peu de réflexe devant et a du apprendre à se reculer des droits et à ne pas courir dans la barre. Bien que critiqué en tant qu'étalon du fait de son modèle " léger et réduit ", il était très expressif et montrait un certain cachet mâle. Très respectueux de l'homme, il était à son écoute ce qui le rendait agréable à fréquenter et à travailler. En conclusion : bon élève, réceptif, généreux, gentil et facile pour un entier.
PIM : Quels ont été ses débuts en compétition ?
EL : Ayant été débourré en fin d'année de 4 ans, au poney-club de la Pommeraie, THUNDER a débuté sa carrière à 5 ans en D2 sous la selle de Carole Rouquet (qui fut, un temps, la cavalière de PELICAN DE SOLIERES, avant son acquisition par la famille Marlet). Qualifié pour le Championnat de France, il finira 53ème sur plus de 250 partants. L'année suivante, il participe au Championnat de France D1, toujours avec Carole Rouquet et devra abandonner sur blessure (sans gravité, mais qui l'avait rendu boiteux pendant 48 heures). THUNDER est essayé par Caroline sur le site, et intègre les écuries de Jean-Marc Nicolas fin juillet.
PIM : À quel moment avez-vous senti que vous aviez à faire à un vrai crack ?
EL : Dans la mesure où nous l'avons choisi avec pour objectif avoué, dès le départ, de tenter de l'amener jusqu'au Championnat d'Europe en saut d'obstacles, j'ai toujours été convaincue de son potentiel. La difficulté pour un propriétaire réside plutôt dans la gestion de la carrière. Le choix d'un cavalier et d'un encadrement pour débuter un poney peut être amener à être remis en cause. A partir d'un certain niveau, les difficultés techniques rencontrées en concours nécessitent une compétence professionnelle plus pointue. Il convient donc de rencontrer les bonnes personnes au bon moment.
PIM : Ne pensez-vous pas que THUNDER a été très (trop) médiatisé lorsqu'il a débuté sous la selle de Caroline Nicolas ? Cela a-t-il selon vous favorisé sa côte auprès du public ?
EL : La presse commençait tout juste à s'intéresser de plus près au haut niveau lorsque THUNDER est passé sous la selle de Caroline Nicolas, fille d'un cavalier international reconnu et en vue. Caroline était déjà remarquée sur les terrains où elle s'illustrait particulièrement bien en C1 avec MONDESIR A, alors qu'elle avait une dizaine d'années seulement. La formation du couple THUNDER / Caroline a donc fait un peu événement dans le milieu. Cet ensemble de facteurs ont fait de THUNDER l'un des premiers poneys à être médiatisé. Cela a, sans aucun doute, contribué à le faire connaître d'un large public et à en faire une vedette. Aujourd'hui, la médiatisation d'un poney est devenue beaucoup plus banale. Le " star système " est entré dans les moeurs.
PIM : Quels ont été ses principales performances ?
EL : Thunder s'est classé (plus ou moins bien, entre la 1ère place et la 8ème place) dans tous les Grand Prix nationaux auxquels il a participé avec Caroline Nicolas. Auparavant, avec Carole Rouquet, il a remporté le premier Grand Prix auquel il prit part, celui de Marolles en Brie, battant toutes les stars de l'époque. Un résultat, à vrai dire, inattendu. Principales performances nationales : 1er à Marolles en Brie (91), 1er à Bourges (92), 4ème du Championnat de France Grand Prix (92)...
Avec Caroline, il s'est également classé dans tous les Grand Prix internationaux qu'ils ont fait, sauf celui de Diest (Belgique en 1993, 4 points) : 10ème et dernier du barrage à Loncin (Belgique) en janvier 92, 1e à Diest (Belgique) en avril 92, 14ème du Grand Prix individuel au Championnat d'Europe en Août 1992 (Suède), 8ème à Donaueschingen (Allemagne) en septembre 92...THUNDER n'avait alors que sept ans ; il est certain que d'être monté par la fille d'un cavalier professionnel a un peu bousculé les choses !
PIM : Comment et pourquoi a-t-il arrêté la compétition ?
EL : En 2ème place à l'issue de la chasse du Championnat de France Grand Prix en 1993 qui se déroulait à Maisons-Laffitte, il ne prendra pas le départ de l'épreuve suivante. Entre temps, Caroline s'était cassée la jambe en sautant (à pieds) par-dessus le portail de la maison de son oncle, Jean de Balanda, qui demeurait à proximité du terrain. Un mal pour un bien, car le poney avait contracté une leptospirose, très récemment soignée. Il fut envoyé chez Michel Pélissier, ami de la famille, pour se refaire une santé. Il y resta pour assurer la saison de monte suivante durant laquelle il honora une quarantaine de juments en monte naturelle, ce qui était un très bon score pour un étalon privé.
PIM : Vendre THUNDER aux Haras Nationaux, à l'époque, a été une réelle opportunité de lancer sa carrière d'étalon. Imaginiez-vous un tel succès par la suite ?
EL : La vente du poney n'était pas à l'ordre du jour lorsque les Haras Nationaux m'ont démarchée pour en faire l'acquisition. N'étant pas étalonnier et n'ayant pas l'intention de le devenir, j'ai effectivement trouvé l'opportunité idéale pour que THUNDER fasse une véritable carrière d'étalon. L'achat d'un étalon performer par les Haras Nationaux était une première qui fit couler beaucoup d'encre. Il fut plébiscité par les éleveurs et devait, donc, correspondre à une attente de leur part.
Il est toujours difficile de savoir quelle sera la qualité d'un géniteur tant que sa production n'est pas suffisamment nombreuse, ni suffisamment âgée. C'est pourquoi, il convient, à mon sens, de rester réservé dans les jugements que l'on peut porter sur un jeune étalon. Il faut un peu de temps pour se faire une idée fondée de sa production, qualités, défauts, type de juments lui correspondant, etc.
PIM : Beaucoup critiqué, il est aujourd'hui reconnu comme le meilleur père de poneys de sport en France, quelle est votre opinion à ce sujet ?
EL : La démarche que nous avons faite avec THUNDER, liée au développement de la compétition de haut niveau, a, en partie, initiée le changement des mentalités qui s'amorçait et l'évolution de l'élevage du poney en France. S'il s'est trouvé à l'aube de cette évolution, je pense que bien d'autres le rejoindront progressivement dans les années à venir. Il a pour l'heure l'avantage d'avoir été le premier étalon performer à avoir été largement utilisé, en bénéficiant de " l'effet HN ". En attendant, il semble transmette assez régulièrement son mental de compétiteur. Ses produits sont souvent " très concours " et plaident donc en sa faveur.
PIM : Pour finir, pouvez-vous nous parlez de vous, de votre élevage ? La récente victoire d'un produit d'Haryns au Sologn'Pony (NAJISCO D'HARYNS ndlr) vous conforte-t-elle dans vos objectifs d'éleveur ? Comment voyez-vous l'avenir en tant qu'éleveur de poneys de sport ?
EL : Lorsque mon fils est passé à cheval à 13 ans, il fut hors de question de vendre ses deux ponettes (de taille C). Elles ont donc été mises à la reproduction, l'objectif de l'élevage étant orienté vers le sport. L'une de souche C, sur plusieurs générations, a été croisée essentiellement avec des chevaux pour produire du poney D (les poneys C ne trouvant pas de marché) d'où GALIENNY, étalon, vice Champion de France D1 élite ; HENNY JOE, vice Champion des 6 ans et 4ème du Championnat D1. Deux de ses filles ont été conservées comme poulinières, une OLISCO et une QUICK STAR. Elles ont été mises à la reproduction à 3 ans et ne sont pas sorties. Je considère qu'exploiter des juments destinées à la reproduction est une aberration économique. C'est aux frères et soeurs ou produits vendus pour le sport de valoriser la souche. D'autre part, la mise à la reproduction des jeunes juments (pour peu qu'elles soient faites en mères) permet de faire progresser la génétique plus rapidement.
Aujourd'hui l'élevage compte cinq à six poulinières poneys et une Selle Français.
Le travail de l'éleveur s'établie sur le long terme. Il se doit de construire des souches en se montrant sélectif et rigoureux, en gardant beaucoup de recul et le plus d'objectivité possible sur la production. Son rôle, à mon sens, est également de sélectionner les produits qu'il juge les meilleurs pour être présentés en concours d'élevage. En conséquence, des résultats et, a fortiori, une victoire sont toujours une satisfaction et une sentence rassurante.
L'élevage du poney de sport évolue. La qualité moyenne s'est améliorée. Cependant, je pense, qu'il sera confronté à un problème majeur à l'avenir, si la sélection d'étalons de petite taille n'est pas davantage prise en compte. Dans un contexte où le poney C ne trouve pas de marché, les associations devraient peut-être prendre des mesures pour inciter les éleveurs détenteurs d'entiers de taille C à présenter les meilleurs d'entre eux en commission. Il me semble que toutes les associations de race et les Haras Nationaux ont des responsabilités qui leur incombent dans ce domaine.
PIM : Avez-vous encore des produits de THUNDER dans votre élevage ? Comment sont-ils en général ?
EL : J'ai régulièrement mis des juments à THUNDER, bien que les juments bases de l'élevage ne lui correspondaient pas franchement. Ceci dit, URSULE DU THENNEY, Connemara de la souche PASSPORT, très bonne sauteuse, ancienne ponette de concours de mon fils, a eu quatre produits de THUNDER dont une pouliche (petite D), très bien indicée à 4 ans ; un mâle de taille C, très doué, qui sautait spontanément le bac à eau poulain, doté de gros moyens, 16ème du Championnat C1 élite cette année, qui est à vendre, je crois ; un autre (1,34 m), très bon sauteur également, vendu pour l'attelage à la famille Thiriez. J'ai malheureusement perdue la première fille de IOLISCA (OLISCO), soeur de NAJISCO, destinée à l'élevage et morte accidentellement chez un éleveur auquel je l'avais prêtée. IOLISCA est à nouveau pleine de THUNDER, dans l'espoir d'avoir une pouliche au printemps. J'ai actuellement un foal, issu de NATASJA, welsh K hollandaise titulaire de performances à haut niveau, qui semble très prometteur. Il est possible que je lui adresse la QUICK STAR, la prochaine saison. Les poulains que j'ai eus de THUNDER accusaient tous du sang et montraient un caractère volontaire. Les femelles m'ont paru plus tardives que les mâles qui semblent dans l'ensemble plutôt doués. Leur locomotion, au trot, manque souvent d'amplitude mais ils héritent d'un très bon galop et de beaucoup d'équilibre. Ils ne sont pas particulièrement difficiles à éduquer, même s'ils sont parfois joueurs et un peu méfiants vis-à-vis de l'homme.
PIM : Toute l'équipe de la PIM Team vous remercie encore de vous être prêtée au petit jeu des questions / réponses. Nous vous souhaitons beaucoup de réussite dans votre élevage, ainsi qu'à THUNDER nouvellement arrivé au Haras National de Saint Lô.